« [...]Peut-être faut il en conclure qu'aimer et vouloir contrôler sont une seule et même chose. En effet, Alceste reproche à Célimène d'évoluer dans le monde, non par pure haine de la société, mais parce que dans le monde il y a d'autres hommes, lesquels ne se gênent pas pour reluquer la bells. Or Alceste voudrait l'avoir tout pour lui, preuve supplémentaire que, dans l'homme amoureux, il y a un séquestreur en puissance, et de toute façon un jaloux pathologique (CELIMENE : « Mais de tout l'univers vous devenez jaloux »/ ALCESTE : « C'est que tout l'univers est bien reçu de vous »). A défaut de crever les yeux de ces pairs, le misanthrope retourne alors le couteau contre la femme, et la somme de ne pas relever leurs regards. Terrifiante pulsion d'exclusivité des hommes, qui en viennent à détester les femmes pour les mêmes raisons qui les font les aimer. Qui en viennent à détester la beauté de leur compagne en tant qu'elle éveille des désirs sur son passage.
Au fond, seul pourrait les apaiser de s'accointer avec une femme très laide, que personne ne regarderait. Même pas eux. Il faudrait aimer une femme pas aimable, tragique paradoxe que seule la suppression de l'autre sexe pourrait résoudre. Si cela ne s'appelle pas de la misogynie, je ne m'y connait pas. »
Rubrique accro à mon héroïne, la chronique de François Bégaudeau : Célimène, Muze n°38
A méditer